samedi 27 février 2016

NEUROSCIENCES DU PORNO

Addendum : article modifié le 27/02/2016 (paragraphes maladroits pouvant entrainer une interprétation sexiste, qui ne correspond en aucun cas à mon état d'esprit)

Cela n’aura échappé à personne, et c’est une constatation évidente : les femmes ne pensent pas comme les hommes. Et vice-versa. Au grand désespoir de chacune des 2 parties !


Pour le sexe aussi, ce n’est pas exactement la même chose. Même si, comme le faisait très justement remarquer notre cher président Chirac, « Je crois que les deux sexes sont complémentaires ». Très judicieuse observation !

Les deux sexes réagissent donc différemment aux stimuli sexuels, et ont plus globalement une approche assez différente du sexe.


Comment cela se traduit-il dans leur cerveau ?



Les chercheurses et chercheurs en neurosciences sont des Hommes comme tous les autres –tout autant obsédés par le sexe. C’est donc très naturellement qu’ils se sont très vite intéressés à la chose !

L'expérience dont on va parler aujourd’hui est terriblement simple : elle consiste uniquement à placer un individu dans une IRM, de lui balancer des vidéos pornos… Et voir ce qu’il se passe dans leur cerveau ! (Vous avez dit « intrusif » ?)

C’est exactement ce qu’a fait une équipe canadienne au début des années 2000, dans le but de comprendre les différences sexuelles comportementales entre les hommes et les femmes.

Ils ont donc placé 20 sujets de chaque sexe dans une IRM, et leur ont diffusé des vidéos neutres et des vidéos pornographiques –qu’ils appellent pudiquement « des extraits de films dépeignant des interactions sexuelles avec dans certaines scènes des rapports vaginaux ». Bref, du porno quoi.

Il était bien sûr interdit aux sujets de se masturber dans l’IRM devant ces films –même si honnêtement, l’environnement à ce moment-là est carrément inhibant : il ne faut pas oublier que dans une IRM on reste souvent face à une vitre sans teint derrière laquelle se trouve une demi-douzaine de personnes qui vous observent. Ils ne devaient pas non plus avoir d’activité sexuelle la veille, et les femmes devaient être en période ovulatoire, c’est-à-dire au milieu de leur cycle.

En parallèle de l’imagerie, les sujets de l’expérience devaient évaluer leur niveau d’excitation devant ces vidéos.

Les activations cérébrales observées sont très similaires entre les hommes et les femmes.

Dans les 2 cas, on observe une activation des régions occipitales et pariétales, qui sont le reflet d’une attention plus grande portée par les sujets envers les vidéos pornos comparativement aux vidéos neutres. On observe aussi une activation du cortex préfrontal, qui gère les émotions et les sensations agréables ressenties –en particulier, il a été montré une corrélation entre l’activation du cortex préfrontal et l’érection masculine.

Les noyaux caudés sont des structures profondes du cerveau, ici indiquées en rouge.

On observe aussi chez les 2 sexes une activation des noyaux caudés, qui sont des structures profondes du cerveau appartenant au striatum. Cette activation serait due à la répression de l’envie de se masturber devant les vidéos pornos ! En effet, c’est une activation que l’on observe aussi chez les patients souffrants de TOC –les Troubles Obsessionnels Compulsifs, une pathologie psychiatrique dans laquelle les patients sont soumis à des compulsions de rangement, de nettoyage ou d’accumulation d’objets. Lorsqu’un patient atteint de TOC se trouve dans l’IRM, il ne peut pas compulser quand bien même il en meure d’envie, se traduisant sur l’IRM par une activation du noyau caudé.

Deux régions du cerveau sont cependant plus activées chez les hommes que chez les femmes devant des vidéos pornos. Il s’agit du thalamus et de l’hypothalamus, 2 structures archaïques enfouies profondément dans notre cerveau. Il est de plus intéressant de noter que ces activations sont proportionnelles à l’intensité d’excitation décrite par les sujets. Il est donc normal qu’elles soient plus importantes chez les hommes que chez les femmes, dont le niveau d'excitation pendant les vidéos est noté comme moins important.

Le thalamus et l'hypothalamus sont des structures médianes du cerveau,
situées entre les 2 hémisphères.

Ces activations ne sont pas si surprenantes, en particulier pour l’hypothalamus qui est la structure cérébrale qui joue le rôle de grand chef d’orchestre de nos hormones, et en particulier des hormones sexuelles.

On peut néanmoins se poser un certain nombre de questions face à cette étude. Les différences observées peuvent-elles être expliquées par le fait que les femmes sont moins réceptrices aux vidéos présentées ? Les conditions particulières d’une IRM n’interfèrent-elles pas avec l’excitation sexuelle ? Peut-on extrapoler les résultats obtenus devant des vidéos pornos au comportement sexuel réel ?

 
Pour ce qui est des interférences possibles entre le milieu expérimental –l’IRM- et le comportement sexuel, il faut vous imaginer ce que c’est que de passer une IRM. Vous êtes plongé au centre d’un énorme aimant, dans un tube très exigu, la tête plongée dans une antenne qui ressemble à s’y méprendre au masque de fer. Une véritable épreuve pour les claustrophobes. La machine est très bruyante, il y fait froid… Bref, tout ça pour dire que vous n’êtes pas vraiment dans le même état d’esprit que dans votre chambre ou votre salon.



Nous ne pouvons malheureusement pas faire grand-chose sur ces conditions expérimentales, mis à part les boules Qies® et une couverture.

Les cerveau des hommes et des femmes traitent donc différemment les stimuli sexuels. En regard de cela, les faits mis en évidence dans cette expérience ne peuvent être prises pour des règles générales. Le comportement sexuel n'est pas uniquement biologiquement déterminé ou influencé. Il dépend tout autant de facteurs sociologiques ou philosophiques.

Ayons avant de nous quitter une pensée émue et compatissante au chercheur –enfin plutôt, au stagiaire- qui a du se farcir des heures et des heures de porno pour pré-sectionner les stimuli « dépeignant des interactions sexuelles avec dans certaines scènes des rapports vaginaux »… En espérant qu’il y ait survécu !

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SOURCES :
- Karama, S., Lecours, A. R., Leroux, J. M., Bourgouin, P., Beaudoin, G., Joubert, S., & Beauregard, M. (2002). Areas of brain activation in males and females during viewing of erotic film excerpts. Human brain mapping16(1), 1-13.
Gizewski, E. R., Krause, E., Karama, S., Baars, A., Senf, W., & Forsting, M. (2006). There are differences in cerebral activation between females in distinct menstrual phases during viewing of erotic stimuli: a fMRI study. Experimental Brain Research174(1), 101-108.

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