samedi 13 février 2016

HANOUNA, BARRE DANS LA FORÊT DE ZIKA.



La dernière Une de Charlie Hebdo a fait parler d’elle ces derniers jours. Cyril Hanouna comparé au virus Zika ? Offensante pour certains, conforme –ou pas- à l’esprit Charlie pour d’autres… L’animateur a en tout cas su y répondre de la bonne manière –c’est-à-dire avec humour et second degrés.

Le virus Zika défraye la chronique ces derniers mois du fait de sa propagation rapide en Amérique du Sud et de ses conséquences fœtales dramatiques. On parle de microcéphalie, d’atteintes neurologiques gravissimes… Mais qu’est-ce qu’une microcéphalie, au juste ? Et un syndrome de Guillain-Barré ? D’où vient ce virus sorti de nulle part ?


Le virus Zika tient son nom d’une foret d’Ouganda, un petit pays d’Afrique centrale. C’est ici qu’il a été identifié pour la première fois, sur un singe macaque, en 1947. Le virus traversa la barrière inter-espèce quelques temps plus tard, et le premier cas humain fut décrit en 1952, toujours en Ouganda.

Ce n’est donc pas un virus nouveau, qui débarque de nulle part !

Ce n’est même pas la première épidémie recensée dans le monde : une première toucha les îles Micronésiennes en 2007. Près de ¾ des micronésiens contractèrent la maladie ! Une seconde épidémie toucha la Polynésie française en 2009, avec plusieurs milliers de cas enregistrés.



Le virus Zika est donc actif depuis bien plus longtemps qu’on ne le pense. Depuis 1947, la plupart des cas humains se concentrent en Afrique et en Asie.

Comment ce virus a-t-il pu traverser l’océan Atlantique et débarquer sur le contient Sud-Américain ? A causes de voyageurs contaminés ou des moustiques infectés embarqués malgré eux dans les avions… Tout cela est favorisé par les mouvements massifs de population… Comme ce fut le cas en 2014 avec la coupe de monde de football au Brésil.


Entre 2010 et 2014, les autorités sanitaires brésiliennes dénombraient en moyenne 150 cas de microcéphalie par an à travers le pays. Pour 2015, 1 an après l’arrivée du virus pendant la coupe du monde, ces mêmes autorités en ont recensé près de 3200, soit une hausse de 2100% !

La microcéphalie se caractérise par un périmètre trop crânien trop petit à la naissance. Elle peut avoir 2 origines très différentes.

Cela peut être une anomalie osseuse : on connait tous les fontanelles des bébés, ces zones molles qui correspondent aux os du crâne qui ne sont pas encore ossifiés, ni soudés. Il peut arriver chez certains nourrissons que ces fontanelles se soudent trop vite, trop tôt : le crâne devient inextensible, le périmètre crânien ne croît plus avec l’âge de l’enfant. Cela peut avoir de graves conséquences car le cerveau n’a pas la place de se développer, et l’enfant peut avoir un retard mental si l’on ne fait rien. Fort heureusement, nous savons aujourd’hui très bien opérer ces enfants pour désolidariser les os des fontanelles et permettre ainsi au crâne et au cerveau en dessous de se développer normalement.

Mais cela peut être aussi une anomalie cérébrale. L’infection par la rubéole par exemple, alors que le bébé est encore dans le ventre de sa mère, peut avoir de graves conséquences sur le développement même du cerveau et aboutir à un organe atrophié. C’est probablement par ce type de mécanisme que Zika agit –nous ne savons pas exactement à l’heure actuelle quel est le mécanisme d’action précis du virus.


Ainsi le cerveau et la boîte crânienne se développent de pair, et si l’un ou l’autre est affecté par une maladie, on peut aboutir à une microcéphalie. Dans les 2 mécanismes, l’inquiétude la plus importante est de prévenir au mieux un retard psychomoteur chez l’enfant malade, très à risque.

Dans la grande majorité des cas, l’infection par Zika est totalement asymptomatique. Mais parfois, elle peut engendrer une manifestation clinique impressionnante connue sous le nom de syndrome de Guillain-Barré. Dans les Antilles françaises, où le virus Zika est en phase épidémique, on observe ces derniers mois une recrue d’essence de cette pathologie.

Le syndrome de Guillain-Barré est une maladie auto-immune : le système immunitaire de notre corps, au lieu de se diriger vers les agents pathogènes extérieurs, se retourne contre notre organisme.

Le motif retrouvé chez l’agent pathogène –ici le virus Zika- serait semblable à certaines molécules du système nerveux, présentes sur les gaines de myéline. La gaine de myéline, c’est une enveloppe lipidique –graisseuse- autour des axones des neurones. Elle permet l’accélération de l’influx nerveux dans notre système nerveux, dans notre cerveau et en particulier dans nos nerfs.

Trompé par la ressemblance entre le virus et ces molécules présentes dans la myéline, notre système immunitaire va non seulement se diriger contre l’agent pathogène, mais aussi contre notre propre organisme !
L’atteinte de la myéline rend impossible le passage de l’influx nerveux : le malade se paralyse progressivement…

La destruction de cette gaine de myéline touche en premier lieu les nerfs les plus longs : c’est pour cela que la paralysie touche en premier les jambes (précisons que les neurones qui vous permet se sentir le caillou dans votre chaussure mesurent –tout dépend de votre taille- entre 1m et 1.50m !), puis progresse en remontant.

Le Guillain-Barré évolue en 3 phases : une première phase ascendante d’extension rapide des symptômes, entre 1 et 4 semaines, un  plateau de 1 à 3 semaines et enfin une phase de régression des symptômes qui peut s’étendre sur plusieurs semaines à plusieurs mois –sans que l’on explique encore très bien le pourquoi de cette amélioration spontanée.

Les symptômes peuvent aller de la « simple » paralysie/tétraplégie à des tableaux gravissimes si les nerfs des muscles respiratoires sont touchés : le patient ne peut alors plus respirer et il est nécessaire de l’intuber. Ces cas extrêmement graves ont souvent un pronostic péjoratif.

Néanmoins le plus souvent, dans 80% des cas, la maladie régresse spontanément et sans séquelle.

Les traitements actuels permettent simplement d’accélérer la vitesse de récupération, mais n'ont pas une action significative sur la récupération motrice des malades.

Le virus Zika, par le biais du syndrome de Guillain-Barré, touche donc les nerfs de notre corps mais pas notre cerveau –car la myéline qu’il contient a une composition chimique différente de celle de nos nerfs.

Zika peut donc toucher le développement de notre système nerveux central –notre cerveau, avec la microcéphalie- tout autant que notre système nerveux périphérique –nos nerfs, avec le Guillain-Barré.

L’animal qui transporte le virus –appelé un vecteur- et qui le transmet d’individu en individu est un moustique, Aedes aegypti, le même qui transmet la dengue ou le chikungunya.
Le moustique infecté pique et infecte un individu, le virus se dissémine dans son sang et y reste environs 5 jours. Durant cette période, un Aedes aegypti totalement sain peut s’infecter en piquant le malade et suçant son sang, et ainsi continuer à disséminer le virus dans la population.
Rappelons au passage que le moustique est l’animal le plus dangereux au monde pour l’Homme, causant des centaines de millions de morts chaque année –principalement par le biais du paludisme.

La propagation de ce virus pose de lourdes questions au sein des pays d’Amérique du Sud, et notamment au Brésil. Comment éradiquer l’Aedes aegypti, vecteur du Zika ? La prévention est certes la mesure la plus efficace à l’heure actuelle : les moustiquaires, les produits répulsifs, éliminer les points d’eau stagnante… Mais certains médecins craignent qu’elle ne soit pas suffisante.

Des chercheurs américains proposent l’idée un peu folle de répandre dans la nature des Aedes aegypti génétiquement modifiés. On a introduit dans le génome de ces moustiques nouveaux –car ils ont déjà été créé en laboratoire- des gènes létaux : dès qu’ils se reproduiront, toute leur descendance mourra avant d’atteindre l’âge adulte –et de pouvoir se reproduire à leur tour. Ainsi ils espèrent faire disparaître l’espèce en quelques générations seulement. L’interrogation étant alors de savoir si l’on est prêt à relâcher des organismes génétiquement modifiés ainsi dans la nature, si l’on est prêt à en estimer correctement les bénéfices… et surtout les risques.

Quoiqu’il en soit, les préoccupations au Brésil sont en ce moment autant d’ordre sanitaire que social. Le virus atteindra prochainement la mégalopole de Sao Polo, et ses milliers d’habitants des favelas. Le pays pourrait faire face à 100 000 nouveaux cas de microcéphalie dans les 5 prochaines années. Comment les prendre en charge au sein d’un système de santé qui est déjà à l’agonie ?



SOURCES :
- Medline Neurologie, 2014
- http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/12/20/24422-virus-zika-bresil-declare-letat-durgence-sanitaire
- http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/01/07/le-virus-zika-menace-une-generation-au-bresil_4842863_3244.html
- http://medecinetropicale.free.fr/cours/arboviroses.pdf
- http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2819875/pdf/09-0442_finalS.pdf
- http://www.lemonde.fr/sante/article/2016/02/02/zika-dix-questions-sur-un-virus-qui-inquiete_4857580_1651302.html
- http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/10/31/omg-des-moustiques-genetiquement-modifies-pour-tuer-leur-progeniture/
- http://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/microc%C3%A9phalie/14548

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